Des dizaines de petits candidats, et moi, et moi, et moi ?
Lundi
24 Janvier
2011

Ça y est ! La course est lancée ! Ségolène Royal au sein du Parti socialiste, jeudi 20 janvier, et Jean-Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche, vendredi 21 janvier, ont annoncé leur candidature. Si elle n’a pas encore fait état de ses intentions officiellement, personne n’est dupe non plus concernant la candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République. A plus d’un an du prochain scrutin, ils sont déjà trois en lice.
A vrai dire, s’ils ne sont pas rangés en ordre de bataille, les mouvements centristes s’écharpent également sur le ou les candidats à mettre en avant. La majorité présidentielle est suspendue à la décision du Président de la République Nicolas Sarkozy, mais Jean-François Copé, lui, voit déjà plus loin, et ne fait pas mystère de ses intentions pour… 2017.

Une telle précipitation laisse pantois. Ce n’est pas un secret pour grand monde que nos élites politiques ne pensent, en permanence, qu’à ce scrutin quinquennal, la reine des batailles. Mais pourquoi faire tomber le masque si vite ? Pourquoi se présenter si tôt, au mépris de l’intérêt supérieur de la nation, du bien commun, qui nécessite un apaisement du jeu politique pour se concentrer sur une conduite sereine des affaires de l’Etat ? Ces candidatures prématurées répondent à des considérations internes aux partis politiques. Prenons le cas de Madame Royal. En se présentant tout de suite, elle mobilise ses troupes de militants et ses réseaux amis avec une longueur d’avance sur ses adversaires, surtout elle les contraint à se positionner.
Or, prendre position, c’est prendre le risque de s’engager trop tôt ou de perdre. Un Dominique Strauss-Kahn, par exemple, résistera-t-il à l’épreuve des propositions concrètes ? Au contact avec les militants ? Ce n’est pas sûr, considérant qu’un récent sondage révélait la préférence des militants socialistes pour Martine Aubry en cas de primaires. Mais Madame Aubry elle-même saurait-elle rassembler les Français, avec son étiquette de « Madame trente cinq heures » ? C’est peu probable. Alors en se jetant dans la course « à la hussarde », Ségolène Royal force le jeu de ses adversaires et déstabilise leurs stratégies, quitte à prendre elle-même le risque d’un lancement prématuré. Pourquoi ? Pour remporter le gâteau.

Et la France ? Elle n’en a cure ! Peu importe que tel ou tel candidat du parti socialiste soit potentiellement meilleur chef d’Etat qu’elle-même. Une seule chose compte, la victoire personnelle. Après, c’est un véritable effet d’entraînement, comme dans la débandade d’une troupe brisée dans son assaut. Un premier jette son fusil, puis un second, puis un troisième, puis tous. Ici, une première se présente, un second la suit, une troisième le fera sans doute bientôt, et enfin tous se seront jetés dans la mêlée, ne se souciant plus que de coups bas d’un candidat à l’autre, de rapports accablants, de propositions bidons, etc. Et pendant ce temps, les Français pourront toujours dire, « et moi, et moi, et moi ? », le plus important pour nos politiques ne sera plus la grandeur de la France, l’union sacrée dans l’adversité, mais la course à la plus belle part du fromage républicain. Car derrière le candidat figure de proue, il y a toute une cour de vassaux, trépignant dans l’attente des places. « Un strapontin me suffira bien. Que ne serais-je prêt à faire pour une once du pouvoir ».

C’est contre cette gabegie institutionnelle que nous nous battons, nous autres royalistes. C’est pour mettre fin à ces luttes stériles à la tête de l’Etat, là où, plus qu’ailleurs, il faut de la stabilité et de la continuité, que nous appelons de nos vœux le retour d’un roi.

Gabriel Thibout