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Caudry, seule tête de liste royaliste“À Caudry, la seule tête de liste royaliste
Peut-être bien qu’il « ne paie pas de mine ». Que son étiquette politique est sinon fantaisiste, au moins surprenante. Seulement voilà : Le royaliste assure vouloir défendre « l’humain avant tout …».à Caudry, Joël Lamand a réussi à rallier à son panache blanc les trente-deux noms nécessaires à la constitution d’une liste pour les élections municipales. De quoi donner à réfléchir à ceux qui l’avaient accueilli en souriant un peu trop à son sens lorsqu’il était venu se renseigner, en mairie, sur les modalités d’une candidature aux élections européennes. Là encore sous les couleurs de l’Alliance royale, parti auquel il adhère depuis 1999. Le sentiment d’être moqué a poussé cet entrepreneur, vierge de tout mandat mais investi dans le milieu associatif, à se lancer aussi à l’assaut de l’hôtel de ville. Devenant la seule tête de liste royaliste en France métropolitaine à cette heure.
Il semble fort peu probable que le trublion parvienne à bouter Guy Bricout hors d’une mairie où il compte entamer un quatrième mandat. Il n’en reste pas moins que cette candidature insolite vient bousculer encore un peu plus la donne politique dans une cité de la dentelle qui verra, du fait du récent divorce entre le PS et le PC, pas moins de cinq listes s’affronter en mars. Inédit là aussi.”

La voix du Nord du 21 février 2014

« Bonjour monsieur le maire ! » À Caudry, Joël Lamand se fait déjà remarquer. « Non, non, pas encore », répond-il un peu gêné à cette habitante qui le connaît depuis toujours. Dans sa ville de 15 000 habitants, il est le premier à avoir constitué sa liste pour les élections municipales de mars prochain. Une candidature d’autant plus singulière qu’en plus d’être novice en politique, Joël Lamand se présente sous une étiquette surprenante : l’Alliance Royale. « Comment tu t’es mis cette idée dans la tête ? », continue la Caudrésienne.

La révélation remonte à 1999. Le 19 juin, le comte de Paris, Henri d’Orléans, décède à 90 ans. « Ca m’a fait tilt. À quoi ça sert cette République si on a une famille royale ? C’est ridicule. » À 22 ans, Joël Lamand enfourche sa mobylette pour entamer un pèlerinage à 40 kilomètres de Caudry. Le jeune homme veut simplement voir le château de Guise dans l’Aisne, qui appartenait au père du comte de Paris. Pris de passion, il se met à fréquenter la bibliothèque de Caudry pour éplucher les livres d’histoire.

Un royaliste de tous les partis

Aujourd’hui, à 36 ans, Joël Lamand revendique ses opinions royalistes. Mais ce travailleur indépendant dans le commerce équitable est membre d’Alliance Royale depuis seulement un an. Aux dernières élections, il vote Eva Joly au premier tour, puis François Hollande au second. « Mais j’ai déjà voté pour Chirac vous savez », confie-t-il. « Je me tourne toujours vers le moins con ». Pas question de lui parler de gauche, de droite, ou d’échiquier politique. « Les royalistes forcément de droite, c’est que des clichés. Nous on prend de tous les partis. » Joël Lamand a toujours voté aux élections présidentielles, un processus qu’il ne remet pas en cause. Ce qu’il reste de royaliste en lui ? « La volonté d’établir un roi pour garantir la démocratie. »

Lorsqu’il reçoit un courrier d’Alliance royale appelant aux candidatures pour les prochaines élections européennes, l’homme n’hésite pas à se présenter. « Je me suis dit ‘de toute façon, on ne passera jamais’. Mais c’était une question de démocratie. » Un jour, à la mairie, une employée municipale lui lance, ironique : « Et pourquoi pas les municipales ? ». Joël Lamand la prend au mot, et revient quelques mois plus tard avec les noms de ses 33 colistiers. « Joël Lamand est notre premier candidat aux municipales. C’est un exploit », s’enthousiasme Robert de Prévoisin, secrétaire général d’Alliance Royale. Pour le parti, cette candidature est l’occasion de sortir de l’ombre auprès des électeurs.

Louis XX et Facebook

Pas de bleu roi, ni de fleur de lys sur ses vêtements, Joël Lamand a plutôt la bonhomie d’un homme du coin. Son chapeau de feutre noir sur la tête, il se déplace toujours à pied dans Caudry. Le novice ne serre pas encore les mains des habitants qu’il croise. Et lorsqu’on engage une discussion sur les municipales avec la boulangère, il reste en retrait. Dans la rue, il a plutôt « l’impression d’être regardé bizarrement ». Pourtant Joël Lamand n’a pas l’intention de rétablir la monarchie absolue en France. Seul symbole de son engagement royaliste : la photo de Louis XX, héritier des Bourbons, qu’il avoue avoir sur son bureau. « À côté de celle de Mohammed VI car ma femme est marocaine », confie-t-il. Loin des clichés du nostalgique de Louis XIV, Joël Lamand se sent « bien dans son époque ». Pour médiatiser sa candidature, il a pris goût à Facebook. Mais « ne faites pas attention aux fautes de français. Au moins je reste nature, on voit que je fais des erreurs. »

Dans son discours non plus, Joël Lamand n’est pas le passéiste que l’on s’attend à rencontrer. Pour convaincre, il use d’exemples contemporains. « Les rois du Cambodge et d’Espagne ont rétabli la démocratie après la dictature. » Son modèle ? La monarchie britannique. Pour lui, le roi est avant tout un symbole. « L’histoire coule dans ses veines. C’est une continuité. » Autre argument de Joël Lamand : « Le chef d’Etat d’une monarchie coûte deux fois moins cher que celui d’une république« . Même si le calcul est exact pour la Grande-Bretagne, le candidat balaie les différences de régime entre la France et le Royaume-Uni. « On vit déjà dans une République monarchique, à part que ça nous coûte plus cher. »

Un candidat isolé

Le candidat n’en est pas moins réaliste : « Si je fais 1%, c’est déjà bien ». Il est même surpris lorsque Jean-Marie, cafetier caudrésien, assure : « Je ne suis pas royaliste, mais le programme est bien présenté. Alors pourquoi pas ? ». Vote participatif sur de grands sujets municipaux, « contrat de citoyenneté » liant aides sociales à des contreparties, création d’entreprises sociales et solidaires … Même si toutes ses propositions ne sont pas abouties, il insiste sur le caractère « solidariste » de son programme. Autour de ce projet se sont réunis les 33 colistiers de tous bords : du Parti communiste au Front national, avec une seule royaliste. Mais tous ont choisi de garder l’anonymat avant la publication de la liste, « par peur des représailles », justifie Joël Lamand. Un handicap de poids pour le candidat, pour l’instant bien seul dans sa campagne.

Le journal des Maires Anaïs Brosseau et Claire Digiacomi

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