Par Olivier Tournafond, Professeur agrégé des Facultés de droit.
Toute théorie qui verse dans l’excès contient en soi le germe de sa destruction. Tel est le destin de l’absolutisme démocratique qui prétend tirer toute la légitimité de la simple addition des suffrages et de la loi majoritaire. Pourtant jamais une majorité d’erreurs ne fera une vérité ! Au nom d’une volonté générale hypothétique et le plus souvent fictive, d’habiles démagogues dominent de fait un peuple impuissant et fataliste. Les minorités organisées l’emportent sur la majorité désorganisée et la participation politique, si souvent attendue, n’est plus pour le citoyen qu’un geste machinal, une mascarade purement formelle qui cautionne seulement les oligarchies en place. « Fraction impuissante du pouvoir », selon la formule célèbre de Péguy, le droit de vote ne permet en aucune manière à l’individu d’influer réellement sur la vie politique ; et Rousseau pour une fois n’avait pas tort en déclarant que dans ce genre de gouvernement, « le Peuple est libre un jour et esclave cinq ans ».
Mais les hommes pourraient reprendre en main leur destin s’ils comprenaient que la liberté politique comme la liberté individuelle suppose en amont une fonction institutionnelle indépendante et attachée au bien commun. Que seule une autorité arbitrale au-dessus des partis et des factions est en mesure d’assurer la loyauté du jeu politique et d’empêcher la confiscation du pouvoir par ceux qui sont juges et partis. Une monarchie institutionnelle, régime à la fois mixte et modéré, serait en Europe le seul mode de gouvernement légitime, traditionnel et attaché à la défense de l’intérêt collectif. Seule cette autorité transcendantale pourrait tenir en échec les mafias politiques, financières et médiatiques qui ont compris que la démocratie permettait d’asservir les hommes en leur donnant l’illusion qu’ils gouvernent.
Alors la participation à la vie politique cesserait d’être un simple simulacre pour devenir pour chacun un véritable pouvoir...