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DE LA FOLIE DES RÉSEAUX SOCIAUX

 

“Gouverner, c’est prévoir”, a dit un jour Émile de Girardin…
Or, loin est le temps où Louis XV envoyait, selon l’historienne Arlette Farge, des espions dans les tavernes afin de sonder l’opinion du peuple ! Les réseaux sociaux offrent désormais un terrain idéal pour les “opiniâtres” soucieux de leur influence, parfois en dépit de toute raison et souvent avec hystérie.
Si effectivement nous vivons des temps troublés, entre insécurité, menaces permanentes, clivages sociaux, et en l’absence de tout homme charismatique capable de rassembler autour de sa personne comme peut l’être la figure d’un Roi, on peut légitimement se demander si ces réseaux ne sont pas le miroir implacable de notre désorientation… Deux faits récents illustrent la folie collective qui en témoignent.
Il y a une quinzaine de jours, une chasse à courre au cerf se termine dans un jardin privé au cœur d’un village. Le propriétaire et la gendarmerie sont prévenus et le maître d’équipage reçoit l’autorisation d’abattre l’animal. Il enjambe la clôture et obtempère, sous les caméras et appareils photos des badauds. 
Il n’aura fallu que vingt-quatre heures pour qu’un lynchage médiatique s’empare de l’affaire : des défenseurs des animaux ont utilisé la toile pour insulter cette personne, diffusant son numéro de portable, son adresse électronique, et incitant au harcèlement, avec pour conséquence plus de 150 menaces de mort. On notera qu’il aura été mentionné, de manière détournée, que cet homme est de confession juive…

L’autre fait s’est déroulé le vendredi 3 novembre dernier : l’avocat d’Abdelkader Merah, Éric Dupont-Moretti, était l’invité de France-Inter. Celui-ci commentait le verdict de la Cour d’assises, soit 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs. Tout en saluant le non-lieu pour complicité de meurtre, l’avocat déplorait que le frère de Mohammed Merah ait été condamné davantage sur la fibre de l’émotion que sur le fond du dossier… Déchaînement sur les réseaux : Eric Dupont-Moretti est l’objet d’insultes des plus mesurées aux plus infamantes.

Il n’est pas question ici de rentrer dans la polémique de ces deux faits, mais de mettre l’accent sur l’aspect surréaliste, inquiétant et violent de ces réactions d’internautes d’où la mesure, le recul et la raison ont complètement été évacués au profit de l’immédiateté et de l’exploitation de l’émotion. Ainsi peut-on craindre, à la lecture terrifiante de ces lynchages médiatiques, le passage inquiétant du virtuel au réel.
Il serait temps que le chef de l’État se reconnecte avec les Français et prenne la pleine mesure de ces troubles, avant l’éruption qui ne peut manquer d’arriver si la raison ne reprend pas ses droits.

Dominique LELYS

 

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