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Le masculin l’emporte encore sur le féminin dans de nombreux domaines, parce que la nature l’a inscrit dans notre patrimoine (ou matrimoine !)  génétique, mais aussi parce qu’il en a été décidé ou convenu ainsi au fil de notre Histoire. Nous sommes tous conscients qu’il existe encore d’importantes disparités et nous ne pouvons que louer les efforts de ceux qui progressivement contribuent à corriger des écarts sans réel fondement.

Mais l’inanité du combat contre le prétendu sexisme de la langue française n’a d’égale que son inutilité ; il y a bien d’autres débats plus urgents à engager et dont la finalité ne conduira pas à polluer le langage, ni à enfumer les démarches de progrès qui tendent à confondre les hommes et les femmes dans les mêmes droits. Il est vrai que les « artisan.e.s » de la méthode, sont très « soucieux.ses. », au nom de l’égalitarisme, de structurer et de façonner la pensée de notre jeunesse, dès sa sortie de l’école « paternelle ». Dommage que dans l’exercice de leurs missions, ils ne soient pas tout simplement occupés avant d’être préoccupés, car les sujets de réflexion ne manquent pas. Devant le constat qu’un quart des élèves débutant le cycle secondaire ne sait qu’à peine lire et écrire et que, quelques années après, ils ne se comprennent et ne s’expriment qu’au travers d’un usage abusif et incontrôlé de suites phonétiques, de sigles, abréviations, onomatopées, apocopes et émoticônes, l’apprentissage du français s’impose en première urgence. Dénaturer notre langage au nom de l’idéologie, pour le rendre inaudible, et complexifier son écriture, qui après avoir déjà subi les outrages de la méthode globale deviendra illisible, n’est pas la principale mission des enseignants.

Finalement, l’écriture inclusive risque d’exclure qui ne maîtrise pas la langue, veut la traduire dans un autre référentiel tel le braille, ou souhaite l’apprendre pour sa richesse et sa capacité à exprimer des émotions et des situations, tout en nuances, grâce et précisions.

Pharmacienne désigne maintenant le nom d’un métier exercé par une femme, et non uniquement celui de l’épouse du pharmacien ; un acteur au féminin est une actrice et un auteur cherche sa traduction au féminin ; parler des droits de la personne est plus consensuel et universel que se limiter aux seuls droits de l’Homme. Ces évolutions qui tendent à enrichir notre langage, sans altérer sa compréhension ni son écriture, ne sont pas au cœur de la polémique. Mais, on ne peut pas conclure ainsi sur l’utilisation simultanée du masculin et du féminin dans des situations de mixité, ni sur le mode d’écriture, et encore moins sur l’introduction de néologismes amphigouriques.

Et le pire reste à craindre, si cette communauté « d’intellectuel.le.s » ne se réduit pas aux caquets et menace, en allant trop loin, d’aller jusqu’au bout ! Imaginons que demain, pour apaiser leurs frustrations, ils conviennent de saisir au choix les prud’hommes ou les prudes femmes selon le genre du plaignant, ou conjugue la Mère-patrie avec le Père-matrie, pour que tous ses membres s’y retrouvent. Et pour peu que le troisième sexe soit reconnu, il faudra ajouter un troisième genre.

Le français n’est pas destiné à devenir une langue de bois, mais réagissons pour que le ridicule ne tue pas, sinon il est voué à devenir une langue morte… parce qu’elle divise sur des bases idéologiques ceux qu’elle devrait unir dans une même nation et une même compréhension et expression du monde.

Philippe Nourrisson

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