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Les manifestations de rues sont le privilège des pays où les urnes existent et sont transparentes. Lorsque qu’elles sont opaques, obstruées, ou ignorées, ce mode d’expression est interdit, voire réprimé dans le sang.

La montée des régimes totalitaires dans l’Europe de l’entre-deux guerres, s’est consolidée sur la base de violentes agitations de rues. La démocratie n’y a pas survécu. Ce sont les forces alliées et les résistants de la première heure qui l’ont restaurée en France, en chassant les troupes du national-socialisme. L’occupant ne s’est pas retiré par crainte de protestations entre Bastille et République.

La démocratie est complexe, mais la situer dans la rue au mépris des urnes, bouleverse les normes et remet à plat certains fondamentaux. Le fondateur de La France Insoumise, complaisant avec certains Etats qui ne pratiquent pas le vote ou le contournent, armes en joues, gagnerait en crédibilité à consulter ses références historiques, avant d’affirmer que la démocratie est représentée et exercée dans la rue.

Celui qui est arrivé en quatrième position lors de l’élection présidentielle, comptabilise moins de 3% d’élus ou de sympathisants aux assemblées. Il affirme sa volonté d’obtenir par la force avec quelques dizaines de milliers de manifestants, ce que trente millions de votants lui ont refusé. La loi du plus fort, ou celle de la rue imposée par des minorités, ne peut pas suppléer celle légitimée par les urnes.

Combler la vacuité d’un programme et de propos, par un habile dosage d’ambiguïtés, de gouaille, de métaphores et d’inventaire à la Prévert, haranguer les foules et embrigader les jeunes par une rhétorique déniant la réalité, est un exercice d’autant plus dangereux qu’il est présenté par les médias sous des apparences sympathiques.

Les manifestations de rue font remonter des signaux qui ne sont pas perçus distinctement dans les urnes. Mais, il existe beaucoup d’autres possibilités non violentes et beaucoup plus respectueuses de l’ordre public, offertes par la démocratie pour sensibiliser l’autorité. La rue n’est qu’une expression secondaire de la démocratie, là où elle existe déjà ; elle la condamne si elle s’y substitue :

« Celui qui peut régner sur la rue règnera un jour sur l’État, car toute forme de pouvoir politique et de dictature à ses racines dans la rue » selon Goebbels !

 

Philippe Nourrisson

 

 

 

 

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