Page Précédente

Notre devise nationale est généralement considérée comme datant de la République. En fait si les trois mots furent prononcés ensemble pour la première fois par Robespierre, ils ne devinrent devise de la IIe République qu’en 1848.

Mais cette devise est plus nationale que républicaine. Elle est même bien plus universelle que nationale. Quant à la République française, si elle l’a inscrite au fronton de tous les édifices publics, elle n’a cessé de la bafouer.

Cette devise avant d’avoir été formulée plonge ses racines dans l’histoire de France. On verra en effet que l’Ancien Régime disposait déjà d’institutions tripartites, correspondant à cette devise. Les trois ordres, mais seulement dans leur conception initiale (cf. Adalbéron de Laon).

La triple organisation désigne des pôles distincts mais non séparés.

Bien comprise elle constitue un apport majeur du génie français à toutes les nations. Pourtant elle n’a été clairement formulée qu’en 1917 par Rudolf Steiner.

De quoi s’agit-il ?

De la Triple organisation sociale. Il faut considérer toute activité humaine comme relevant de trois pôles autonomes et ne se recoupant jamais en tant que tels :

  1. le pôle intellectuel et spirituel nécessitant une totale liberté. Pensée, religion, Art, famille, université, école, culture, recherche scientifique, et même le sport non professionnel, tout ce qui relève de la gratuité… Symboliquement c’est la tête, siège de la pensée.
  2. le pôle médian des droits et des devoirs que les personnes ont les unes envers les autres. Il s’agit de l’égalité des droits et des devoirs (ou obligations) sur laquelle doit veiller la Justice. Mais il s’agit aussi de la sécurité et de la défense d’une nation relevant de son gouvernement. Napoléon Ier fit de l’égalité la caractéristique de l’Empire. Symboliquement c’est le tronc, siège des échanges (respiration et digestion).
  3. le pôle des besoins économiques. Tout être humain, indépendamment du fait qu’il travaille ou pas, devrait bénéficier d’un revenu minimal vital. C’est donc le pôle de la monnaie. La fraternité doit le caractériser. Napoléon III eut le souci permanent de cette fraternité. Symboliquement ce sont les membres, organes permettant d’assouvir les besoins vitaux.

Bien sûr chaque humain vit en ces trois pôles et en même temps il vivra et pourra être actif, selon les périodes de sa vie, plus ou moins dans l’un et/ou dans l’autre.

Chaque pôle aura son propre organe de régulation autonome dans lequel l’État ne sera que représenté. L’Ancienne France disposait en germe de tels organes : par exemple les Corporations qui défendaient leurs travailleurs ; l’Église qui a gardé son autonomie (dans les faits, la séparation des pouvoirs spirituel et temporel remonte à… Clovis, la loi de 1905 n’ayant fait que l’actualiser dans un esprit anticlérical). Le Sanhédrin sera réinstauré par Napoléon. Les Conseils Presbytéraux réformés jouent ce rôle chez les protestants.  Et plus récemment les musulmans ont eu leur propre instance, le Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M.) en 2003, mais, étant sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, il n’est pas autonome. Quant à la Justice elle n’a cessé d’évoluer au cours du temps, de celle du Roi aux diverses instances, parfois privées. En son état présent, elle ne rentre donc pas aujourd’hui dans le cadre cette tripartition.

Lorsque les pôles se chevauchent ou que l’un prend le dessus sur l’autre, nous aurons des désordres tels que : aux U.S.A. l’économie de profit règne en maître. Tout lui est soumis et c’est elle qui dicte la politique étrangère de ce pays. À l’opposé, en U.R.S.S. c’était l’égalitarisme qui était la règle, pourchassant toute opinion libre. Actuellement la mondialisation consiste en la sujétion économique de la terre entière au profit de quelques-uns (vendre à des chômeurs des produits fabriqués par des esclaves – M. Le Pen). Il importe de voir que lorsqu’un pôle fait la loi, il recrée en même temps les deux autres pôles (pseudo) qui lui seront soumis. Ainsi les U.S.A. ne cessent d’invoquer Dieu dans toutes leurs décisions, mais il s’agit plutôt du dieu-dollar ! Leur Justice est des plus expéditives. Les Soviétiques ont développé le pôle médian et ont refaçonné la société à l’aune de l’égalitarisme. Cela ne les a pas empêchés de développer un important  pôle artistico-culturel, simple vitrine de propagande soigneusement encadrée par le Parti qui traquait les artistes ne rentrant pas dans ses normes. La hiérarchie de l’Église orthodoxe s’était aussi soumise au Parti.

Revenons à la France et voyons où en est la liberté.

On y parle toujours de libertés, au pluriel. Ce pluriel révèle une confusion, car ce qui sous ce terme est revendiqué peut s’avérer être une vraie justice sans passe-droits (égalité) ou une juste répartition des biens (fraternité) sans accaparement par un petit nombre. Elle peut être aussi le prétexte à une consommation débridée (consumérisme ou fièvre acheteuse). Cette méconnaissance de ce qu’est la vraie liberté conduit à de multiples dérives dans un contexte d’individualisation et d’égoïsme exacerbés.

Voyons à présent où en est la justice.

Un avocat international retraité me disait que la législation française était un grand panier percé que l’on ne cessait de remplir de lois, règlements et mesures de toutes sortes. Le plus malin des avocats, mais surtout le mieux payé, y trouvera toujours l’alinéa qui fera gagner son client. Selon lui, la République française détient sans doute le record mondial de la paperasserie administrative…

Et ceci remonterait à la Révolution qui abolit les Corporations protégeant les solidarités verticales et horizontales et commença à prôner les droits dits de la personne, en fait plutôt ceux de l’individu déraciné (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen 1789). Bonaparte sous le Consulat promulgua le Code civil  1804 élaborant un arsenal juridique centré sur ces droits. Il en est résulté une arborescence devenant vite foisonnement qui, si l’on y ajoute les textes européens, connaît un développement exponentiel.

Dès qu’un problème est jugé, il devient jurisprudence et cette dernière induit le jugement suivant qui, à terme, aboutira à un projet de loi. De ce fait, le juge modèle peu à peu la société dans la direction à laquelle l’incite son idéologie. La Justice dérive en un pouvoir en soi.

Se réapproprier les mots qui ont été accaparés, détournés de leur sens :

La république (avec une minuscule) est la chose publique, le bien commun sur lequel nos Rois veillaient déjà. La République (avec une majuscule) est vite devenue une « Réprivée », l’accaparement progressif par certains de la véritable « ré-publique ». Avec le temps elle se corrompt en « Ripoublique » où règnent l’inégalité et  les privilèges, le népotisme et le clientélisme, voire la corruption, au profit d’une caste.

Les privilèges, sous l’Ancien Régime, protégeaient le peuple français. Ils étaient au Royaume ce que sont les arbres du bocage au paysage. Supprimez-les, arrachez-les et les maux de toutes sortes vont déferler. Sous la République ils sont devenus synonymes de passe-droits, ce qui est tout autre chose.

Une révolution (avec une minuscule) est au sens propre la rotation d’un corps  avec nouveau passage au point de départ. La Renaissance en fut une. La Révolution française, en s’attaquant au pôle spirituel de la France (en coupant physiquement les têtes et symboliquement la tête de la nation) ne fut pas une véritable révolution mais une période de chaos et de violence dont nous sommes sortis plutôt  décérébrés, infantilisés, crétinisés, en proie aux endoctrinements de toutes sortes et pas seulement politiques. Il faut malheureusement les guerres pour nous tirer provisoirement de cet état. La dite Révolution aurait pu être non destructrice mais réformatrice. Mais c’est là un très vaste sujet.

La mise en œuvre de notre belle devise ne pourra se faire que sur l’articulation des trois pôles : spirituel, juridique et économique.

Dominique Dubois

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !