Toute coopération européenne doit reposer sur trois principes-clefs : la souveraineté des États, la subsidiarité dans les institutions et la solidarité au sein de l’espace naturel européen dans le cadre d'une communauté des États européens.

La souveraineté des Etats

L’Union Européenne tend à se placer comme une entité supranationale, capable de contraindre les Etats. Or la souveraineté d’un Etat suppose qu’il n’est contraint à l’extérieur que par ses propres engagements. Si la souveraineté est bien cette liberté des nations, elle ne peut pas être partagée entre la France et l’Europe. Si elle prend pied au niveau européen, elle évacue, ipso facto, celle des pays membres.

Faut-il le souhaiter ? Lorsque l’on entend quelqu’un dire « l’Europe sera une nation un jour », c’est un acte de foi. Même si cela doit être, la prudence exige de considérer que cela se fera dans le temps : cela ne s’imposera pas eux peuples par la propagande, par des décrets et par le vote de constitutions. Elle ne peut pas avoir de véritable consistance politique car ses pays membres ont beaucoup trop d’intérêts divergents. Une erreur grave serait de vouloir comparer l’Europe aux Etats-Unis : les colonies anglaises de 1775 avaient en commun un destin, une culture, celle de pionniers venus d’Europe du Nord, majoritairement anglophones, pour défricher un nouveau monde. Rien n’indique que cet exemple soit applicable en Europe. Encore les Etats-Unis sont-ils passés par une terrible guerre civile.

Qui plus est, l’Union Européenne est fondée, depuis la création de la Communauté Économique Charbon Acier, sur des intérêts commun d’ordre économique, ce qui ne sauraient constituer des fondations suffisantes pour une union politique. D’ailleurs, quel sort attend l’Europe en cas de crise économique grave ? Comment croire que l’Europe n’est pas une étape vers des élargissements sans fin, à commencer par la Turquie ?

Voilà pourquoi l’Alliance Royale estime que, même si l’on pense que l’Europe existera un jour en tant que nation, ce qui est loin d’être évident, et sans même parler du sentiment patriotique qui nous anime, ce n’est pas le moment de brader la souveraineté de la France.

C’est pourquoi l’Alliance Royale propose de retenir le principe de souveraineté des Etats : aucune contrainte au niveau européen ne peut être imposée aux Etats qu’ils ne l’aient librement consentie. L’Europe ne peut être qu’une communauté d’intérêts entre Etats souverains qui délèguent librement et de façon réversible une partie de leurs responsabilités.

En particulier, l’Alliance Royale estime que nul Etat européen ne peut être contraint à coopérer avec un autre Etat. Nul Etat européen ne peut être contraint d’appliquer des directives ou des lois européennes sur son territoire s’il ne les a pas lui-même ratifiées. Nulle institution européenne ne peut exercer de coercition de droit sur les Etats membres, en dehors de traités librement et préalablement consentis par eux.

La diplomatie, la monnaie, la sécurité et la liberté de circulation des biens et des personnes revêtent des enjeux de souveraineté et doivent donc relever de la responsabilité des Etats au premier chef. Toute coopération, en particulier dans ces domaines, est nécessairement réversible et il appartient aux Etats de mesurer les conséquences d’une coopération dont le coût de sortie serait trop élevé. A ce titre, l’alliance monétaire constituée par l’adoption de la monnaie unique apparaît comme imprudente, non pas nécessairement pour ses conséquences économiques, mais parce qu’elle lie la France de façon trop forte, même si elle demeure théoriquement réversible.

Par ailleurs, les Etats sont libres d’exclure leurs possessions d’outre-mer et leurs intérêts stratégiques particuliers des dispositions européennes ; et les coopérations européennes, quel qu’en soit le domaine, ne peuvent se fonder a priori sur un principe d’exclusivité : les Etats doivent demeurer libres de contracter des alliances ou de signer des traités avec d’autres pays en dehors de l’Europe, en fonction de leurs intérêts et de leurs engagements particuliers. La France ne doit pas abandonner ses coopérations africaines, par exemple, au seul motif que cela n’intéresse pas l’Europe.

L’Alliance Royale affirme, de la façon la plus ferme, que les forces armées sont nationales. Les armées sont l’expression la plus directe de la souveraineté d’un peuple : les hommes libres se défendent eux-mêmes. Parler de souveraineté d’un pays n’a pas de sens si celui-ci ne dispose pas de sa propre armée. L’emploi de la force armée au sein d’une alliance ou d’une coalition relève d’ailleurs de la compétence exclusive des Etats. De même, l’ingérence dans les conflits intérieurs d’un Etat européen est totalement illégitime, en particulier dans des situations d’insurrection.

Bien entendu, l’Alliance Royale rejette toute idée de Constitution qui préfigure la formation d’un Etat. Le traité de Lisbonne apparaît à ce titre comme une constitution déguisée. Elle rejette également, et pour la même raison, toute idée d’armée européenne. Elle rejette enfin l’appellation « Union Européenne », le terme « d’Union » étant en général appliqué à des Etats souverains : USA, URSS, Royaume Uni. Elle souhaite enfin que les drapeaux de l’Europe qui se multiplient sur nos bâtiments publics, à côté du drapeau français, soient retirés.

La subsidiarité dans les institutions

Le discours sur la construction européenne a dénaturé le principe de subsidiarité pour en faire un système de délégation qui part d’une technocratie européenne, considérée comme un échelon souverain, vers des Etats sujets. En réalité, la subsidiarité consiste à laisser les échelons inférieurs libres de régler à leur niveau tous les problèmes ne nécessitant pas expressément une intervention des échelons supérieurs. L’application de ce principe commande déjà nécessairement une refonte des pouvoirs des collectivités territoriales, auxquelles ne sera plus exclusivement confiée l’exécution de tâches subalternes, mais, au contraire, des responsabilités de plein exercice dans un cadre profondément rénové. Il va de soi, dès lors, que pour l’Alliance Royale, le même principe doit être appliqué effectivement et non pas de façon purement formelle, dans la répartition des pouvoirs entre les institutions européennes et les États.

Or, le passé a démontré que l’Union Européenne se mêle de détails qui ne la concernent pas et tend à devenir un vaste ensemble uniformisé, dirigé par une technocratie tentaculaire. L’Union Européenne tend à tout contrôler : il n’est pas anodin que 80% des votes du Parlement français ne sont que des mises en application de directives européennes.

C’est pourquoi la construction européenne doit appliquer véritablement le principe de subsidiarité dans les institutions : chaque échelon, de la commune aux instances européennes, doit exercer les prérogatives pour lesquelles il est le mieux placé, et disposer des pouvoirs correspondants : exécutifs, législatifs, juridiques et fiscaux dans les limites de sa compétence.

L’espace naturel européen

Mais la coopération européenne est néanmoins, et malgré tout, importante et souhaitable. Elle se fonde sur l’existence d’un espace naturel dans lequel les nations sont solidaires, du fait de leur histoire ou de leur géographie. Les Etats européens doivent donc reconnaître dans l’Europe un espace naturel d’intérêt commun dans lequel ils doivent exercer leur solidarité.

Bien entendu, beaucoup d’intérêts divergent entre les différents pays européens. La Grande-Bretagne tourne sont regard vers le Commonwealth, tandis que l’Espagne est attirée par l’Amérique latine.

L’Allemagne et la Grèce entretiennent avec la Turquie des relations complètement opposées. La Pologne, enclavée entre l’Allemagne et la Russie, l’Italie au cœur de la Méditerranée, ou la Norvège postée au grand large et regorgeant de pétrole, n’ont pas les mêmes intérêts, loin s’en faut.

Mais l’Europe est tout de même un espace naturel, une communauté d’intérêt, dans lequel les différents pays ont avantage à collaborer, malgré de flagrantes différences.

C’est d’abord une zone à peu près homogène économiquement. Les modes de vie se ressemblent. C’est justement ce que propose Maurice Allais, titulaire français du prix Nobel de l’Economie. Ce chercheur éminent défend particulièrement la thèse que le monde doit être divisé en espaces économiques régionaux regroupant des pays selon une double proximité : proximité géographique d’une part, proximité des niveaux de revenus d’autre part.

L’Europe est aussi une zone relativement homogène en matière stratégique. Beaucoup d’enjeux concernant la France, et rappelés dans le Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale, sont aussi en même temps européens : terrorisme, accès aux ressources d’énergie, sécurité maritime, etc.

L’Europe partage également un espace naturel commun, et les questions environnementales d’un pays donné ne peut laisser les autres indifférents.

Enfin, l’Europe est un espace de civilisation. Bien sûr, elle est une mosaïque culturelle avec des héritages variés : orthodoxe, catholique romain, protestant, celte, latin, slave, scandinave, germanique, grec, etc. Mais, au regard du reste du monde, la vieille Europe est une civilisation qui se distingue très nettement des autres continents et même des nouveaux peuplements issus de l’immigration européenne : Amérique latine, Commonwealth ou Etats-Unis.

Si bien que cette notion de solidarité au sein de l’espace naturel européen est fondamentale et toute coopération européenne doit s’appuyer sur elle.

Une communauté des États européens

L’Alliance Royale propose donc une évolution de la coopération européenne vers une des Etats européens. Héritière de la Communauté Économique Européenne, elle étend les prérogatives de cette dernière à d’autres domaines, comme la sécurité, l’environnement ou la culture, tout en affirmant le caractère inaliénable des souverainetés nationales. Elle est une alternative à l’Union Européenne, qui est un Etat supranational doté d’une constitution.

Cette communauté est constituée d’Etats souverains qui s’associent librement dans leur espace naturel et confient à des institutions les questions qu’ils ne peuvent traiter seuls, en vertu du principe de subsidiarité. Nous retrouvons bien nos trois principes : souveraineté des Etats, subsidiarité des institutions, espace naturel européen.

Bien entendu, l’adhésion d’un nouveau membre ne doit être admise qu’à l’unanimité, aucun pays-membre ne pouvant se voir imposer une coopération qui menacerait ses intérêts particuliers. Quoi qu’il en soit, cette adhésion est nécessairement réversible, et chaque pays-membre doit pouvoir reprendre son autonomie s’il estime que ses intérêts souverains sont menacés.

Dans ces conditions, la communauté des Etats européens peut disposer d’institutions qui lui sont propres. L’Alliance Royale propose un aménagement de ce qui existe déjà : un Conseil Européen représentant les Etats, une assemblée, des commissions exécutives et des instances juridictionnelles, chacune agissant dans le strict cadre des coopérations auxquelles les Etats membres auront bien voulu souscrire.

Mais il est bien clair qu’il ne saurait y avoir « d’orientations politiques générales » sans remettre en cause le principe de souveraineté des Etats. L’Alliance Royale s’oppose à toute compétence générale de cette nature confiée aux instances européennes. Elle s’oppose également à la création, par le traité de Lisbonne, de la fonction de Président du Conseil européen, destiné à "donner un visage à l’Europe", parce qu’elle préfigure un Chef d’Etat européen. Elle s’oppose de la même manière à la dérive actuelle qui consiste à donner aux institutions européennes la forme d’un Etat souverain. Il est évident que l’élection au suffrage universel des représentants à l’Assemblée Européenne ne saurait constituer une obligation pour les Etats, et que ceux-ci sont libres de choisir, pour désigner leur représentants, le mode de désignation qui leur convient.