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L’expression, peu usitée dans la communication officielle de l’Alliance royale, émane de la pensée jupitérienne, complexe et profonde. Une analyse et une traduction succinctes s’imposent donc pour la rendre compréhensible à ceux qui préfèrent échanger dans la langue de nos auteurs nationaux. Nous n’avons pas pu identifier de racines gréco-latines et confirmons que, si l’expression est familière dans une première approche, elle l’est tout autant dans les approches suivantes. Selon la traduction que nous proposons et qui peut prêter à controverse, l’expression signifierait investir beaucoup d’argent pour un piètre résultat. Ce que les anglo-saxons appelle ROI, sigle que exceptionnellement nous conserverons pour sa connotation de sagesse, de maîtrise et de continuité, mesure le rapport entre ce qui est dépensé pour améliorer une situation technique, sociale ou économique et les effets produits en retour. L’équivalent français n’est pas REPUBLIQUE, comme pourraient l’imaginer certains esprits railleurs, mais retour sur investissement, notion méprisée dans notre pays par des dirigeants prodigues de nos économies.

Leur préoccupation est de calmer toute sorte de grogne sociale pour préserver leur mandat ou préparer le suivant, sans se soucier de la bonne utilisation des fonds publics ni d’efficacité. En d’autres termes, il faut collecter plus d’argent pour en gaspiller plus. Les impôts augmentent, la dette aussi et la pauvreté ne recule pas. Cherchons l’erreur. Une étude menée sur des pays de l’OCDE montre que la France, classée selon le ROI sur les aides sociales, se situe en queue de peloton, à l’inverse des royaumes scandinaves qui nous servent de modèle. Par ailleurs, des experts affirment qu’en divisant par trois le budget global et annuel de la formation, on obtiendrait des résultats comparables ; ce seraient ainsi près de vingt milliards d’euros économisés chaque année et, mesquinerie mise à part, de quoi renouveler la vaisselle de l’Elysée cinq fois par heure. La formation étant l’un des leviers fondamentaux permettant d’améliorer une situation sociale, il y a de quoi s’intéresser sérieusement au problème.

Il est important que le président dénonce l’une des faiblesses culturelles de nos administrations à dépenser sans retour. Mais il ne suffit pas de traiter nos maux par des mots : maîtriser un budget est un exercice qui exige beaucoup de rigueur au quotidien et une exemplarité sans faille. Il reste donc encore un très long chemin à parcourir. Les goûts dispendieux de certains de nos rois ont conduit des historiens à les condamner ; ceux qui nous gouvernent ont les mêmes goûts, sauf qu’ils sont plus nombreux.

Philippe Nourrisson

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