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L’aversion communicative de nos élites pour ce que nous avons capitalisé au cours d’une vie de travail n’a d’égale que leur complaisance à l’égard de ce qu’ils ont dépensé. Près de 35 000 euros, c’est ce que doit chaque français, un fardeau qui ne cesse de s’alourdir. Bref, la fête est passée et si l’argent a coulé à flot, il faudra tôt ou tard éponger la dette. Les générations futures en hériteront, sans pour autant avoir bénéficié de la prodigalité de ceux qui, pendant un demi-siècle, auront dilapidé nos économies par insouciance, par ego démesuré, ou dans le but inavoué de se maintenir, afin de conserver les honneurs et avantages attachés à leurs missions.

Il y a une réelle urgence à aligner le niveau des dépenses sur celui des recettes, et sans recourir au relèvement de l’impôt, puisque nous détenons déjà le record mondial de la fiscalité. La situation actuelle n’est pas sans rappeler celle des années 1790, durant lesquelles les dépenses somptuaires de l’État, non couvertes par l’augmentation des impôts, ont conduit les révolutionnaires à confisquer les biens de l’Église. Nos révolutionnaires des temps modernes et autres « radicalisés du fiscalisme », dont certains militent à France Stratégie, imaginent sans tabou ni retenue, nationaliser une partie de l’immobilier privé, histoire de demander par la suite un loyer à ceux qu’ils auraient spoliés. Cette idée fait suite à celle d’imposer les propriétaires, en fonction du loyer qu’ils paieraient pour habiter leur propre maison. Ces rescapés du Commissariat au plan, dont la mission consiste à penser dans des scènes de méninges hors des schémas conventionnels, estiment que l’État dispose de tous les droits sur les biens et sur ceux à qui ils appartiennent, tel le seigneur dans son fief. Leur réflexion serait moins féodale et  plus pertinente si elle portait sur la réduction des dépenses et la suppression des gaspillages plutôt que sur l’augmentation des recettes, comme axe de résorption de la dette publique.

Le risque de ne plus pouvoir contracter de dettes prévaut sur celui de ne plus être en capacité de rembourser celles en cours. Ce scénario catastrophe n’est pas à exclure et ce ne sont pas nos amis grecs qui prétendront l’inverse. Au rythme d’une crise majeure tous les dix ans, la prochaine étant déjà annoncée, le surendettement est un handicap majeur pour y faire front.

Il n’est pas de pire pauvreté que les dettes et, pour s’en convaincre, ne nous limitons pas qu’aux aspects purement économiques de ce qui équivaut à une année de richesse de la France, et constitue le principal poste de dépenses.

Sous l’aspect social, nos amortisseurs tant loués en 2010 se sont bien comprimés pour atténuer les effets immédiats de la crise, mais sont restés bloqués sans restituer l’énergie emmagasinée pour accompagner la reprise. Les conséquences ont été le matraquage fiscal, la fuite des richesses, la paupérisation des classes les plus fragiles et la montée des extrémismes.

Concernant sa crédibilité, un pays surendetté par laxisme et manque de rigueur n’inspire pas le respect. Alors que la France s’interroge sur comment spolier ses contributeurs ou étendre sa dette sur quatre générations, l’Allemagne envisage de la solder sous quelques années. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi notre pays peine à s’imposer et les raisons qui motivent la réticence des nations vertueuses à l’encontre de notre modèle économique.

Lorsque les efforts demandés pour réduire les déficits deviennent excessifs, les plus gros contributeurs tentent d’y réchapper. Ainsi, les plus riches élisent domicile dans les pays où la fiscalité est moins pesante, à l’échelle des pays, les régions riches revendiquent l’autonomie jusqu’à l’indépendance pour ne plus financer les plus déshéritées et, à l’échelle de l’Europe, les nations « fourmis » n’entendent plus partager avec les nations « cigales ». L’excès nuit au raisonnable, au point de casser la chaîne de solidarité.

Notre nouveau gouvernement n’élude pas ce problème. Il privilégie le travail et la rigueur pour diminuer notre dette, plutôt que de prôner le désespoir ou le fatalisme qui ne contribueront qu’à l’augmenter. Le budget 2018 reste toutefois inquiétant en ce sens qu’il dissocie les actes de la parole. La volonté de rembourser risque de s’émousser au même rythme que la croissance de la dette, et notre avenir de nation souveraine, non asservie, sera alors trop court pour nous permettre d’honorer nos dettes du passé.

Philippe Nourrisson

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