En 1689, Sœur Marguerite Marie reçoit trois messages du Seigneur : elle doit faire savoir au roi Louis XIV que la France est en train de s’abîmer dans la boue et dans l’égoïsme. Or, Dieu voyant toujours dans la France une fille chérie et privilégiée l’aiderait à se redresser. Mais il lui faut mériter cette grâce par une consécration nationale rendue à jamais mémorable par l’érection d’un temple à Son Divin Cœur et l’adoption de ce signe sacré sur les drapeaux. Ces messages sont-ils parvenus à son destinataire ? Nul ne le sait et s’il n’y eut pas de suite, Louis XIV s’est certainement confié à son entourage car la dévotion au Sacré Cœur s’est amplifiée dans sa cour et dans celle de Luis XV. Le dauphin, père de Louis XVI a même fait ériger une chapelle en l’honneur du Sacré Cœur.
Cent ans après les interventions de sœur Marguerite Marie non satisfaites, la tempête éclate ; elle allait tout engloutir comme un nouveau déluge. Bientôt il fut évident que nulle main humaine ne pouvait plus tenir le gouvernail. Ce fut alors que l’infortuné Louis XVI dans sa prison se décide à un acte qui démontre qu’il avait eu connaissance du secret confié à son aïeul. Il rédige une supplique en s’engageant à remplir les conditions que Dieu avait demandées à la Sainte :
‘’ Vous voyez, ô mon Dieu toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts ; à mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore, que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser….
…Si par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :
1. de révoquer le plus tôt possible toutes les lois contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi...
2. de prendre dans l’intervalle d’une année…toutes les mesures nécessaires pour établir en suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages commises dans nos saints temples.
3. d’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’Eglise Notre Dame de Paris…et de prononcer au pied du maître autel, entre les mains du célébrant un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus…
4. d’ériger et de décorer à mes frais…une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes, dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont enfermés dans ce cœur sacré…
Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.
O cœur adorable de mon sauveur, que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, si je cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et ma consolation !.
Or, Dieu n’a pas accepté les promesses de cette réparation, vraisemblablement parce que Louis XVI n’était plus roi. La France loin de remplir l’accomplissement de ce vœu trainait son roi sur l’échafaud. L’hommage national que Dieu avait demandé, et que le roi pouvait réaliser aux jours de sa puissance, cet hommage n’existait pas.
L’expiation réparatrice suit donc son cours ; la nation se divise. Il se fait comme deux France, l’une qui souffre, l’autre qui fait souffrir ; la France des victimes et la France des bourreaux.
Les temps s’écoulent ; de grands malheurs se sont succédé. On pourrait penser qu’à ce rythme la France serait engloutie dans l’abîme si, comme un arc en ciel après l’orage, Marie n’était intervenue pour la préserver encore, la retenir, lui rendre l’espérance.
Le 21 janvier 2010, nous célèbrerons le 217ième anniversaire de l’assassinat de Louis XVI. Souhaitons que son sacrifice ne soit pas vain.
Pierre BERNARD