La notion de structure de péché est une notion que Jean Paul II a introduite dans une encyclique consacrée au sacrement de réconciliation. Or il s’avère que ce concept qui a d’abord une dimension religieuse va de pair avec une portée scientifique qui le rend intéressant pour tous ceux qui cherchent à comprendre le monde et en particulier les phénomènes cumulatifs qui jouent un rôle dans le fonctionnement de notre société
Qu’est ce qu’une structure de péché ?
Chacun de nous a fait l’expérience de ces situations où nous vous sommes très doucement invités à faire une action mauvaise, comme sur une pente douce. Il y a des conditionnements sociaux qui influencent nos pensées et nos actes car nous sommes intégrés dans un tissu social et politique qui agit inconsciemment sur notre liberté. Nos actes sont en quelque sorte sous contrainte.
Il y a là, un aspect proprement politique car les lois mauvaises construisent un peu comme un massif corallien , par couches successives, des structures qui limitent la possibilité de bien agir ; Prenons l’exemple des raves parties : lorsque plusieurs années de suite, beaucoup de personnes participent à cette festivité, des dispositions sont prises par les autorités pour encadrer l’événement : mise en place de services de sécurité , de santé, les gendarmes sont présents sur les lieux ainsi que des unités médicales, les médias multiplient les articles et reportages. Bref tout concourt à une reconnaissance implicite. Donc les effets de masse entrainent des transformations structurelles : il se produit un phénomène cumulatif. Les structures induisent de nouvelles modifications structurelles qui facilitent le passage à l’acte et la multiplication des actes renforcent la structure. Il y a donc un aspect cumulatif, un engrenage qu’il est difficile d’abattre.
Quand une certaine masse critique est atteinte, une réaction en chaine peut se déclencher en entrainant un grand nombre de personnes à agir pareillement, par mimétisme ; Ce qui était une manière particulière de penser, d’agir, devient une norme qui conduit la majorité d’une population à aller dans le même sens. L’effet de masse peut transformer en normes des comportements courageux : pourvu qu’elle ne soit pas trop restreinte, une minorité prête à se battre jusqu’à la dernière cartouche peut entrainer une majorité moins héroïque
Les travaux de René Girard ont montré le caractère grégaire du comportement humain dans ce qu’il appelle la rivalité mimétique Quand un effet de masse s’avère durable, les institutions, les infrastructures finissent par évoluer dans un sens qui normalise le comportement considéré.
Il arrive donc que l’accumulation de comportements individuels mauvais comme la consommation de drogue produise des structures dédiées à ce mal c’est-à-dire destinées à l’accomplissement d’actes condamnables comme les salles de shoot. Si l’autorisation de l’ouverture des salles de shoot est validée, on sera en présence d’une structure légale qui conditionne un acte mauvais : se droguer. L’institution juste doit contrer cette tendance. L’institution injuste l’accompagne et la renforce Vous comprenez maintenant le titre de cette conférence !
En résumé la définition d’une structure de péché serait la suivante : toute situation dans laquelle il faut être vertueux pour pratiquer la justice, héroïque pour œuvrer pour le bien commun est une structure de péché
2° Application du concept de structure de péché dans le champ politique
L’organisation politique d’une société s’exprime par ses lois, or la loi a cessé de présider comme une nécessité supérieure à la vie du pays : elle est devenue l’expression des passions du moment. Les modifications incessantes des textes par les majorités successives créent une insécurité juridique qui sape la confiance. Alors que la loi devrait être une règle de juste conduite que le législateur se contenterait de formuler pour bien préciser ce qui fait le consensus au sein de la société. Alors que les lois sont devenues des instruments pour changer la société. L’inflation des lois suit le même cours que l’inflation du papier-monnaie : cela aboutit à une dévalorisation
A quoi voit-on que nous sommes dans une structure de péché ?
Je vais prendre un exemple : pour lutter contre la fraude dans le métro on a mis en place des portillons automatiques. C’est une béquille. Car ce qu’on faudrait réintroduire c’est la norme morale proférée par les surveillants qui est en fait remplacée par un obstacle physique, un automatisme, une mécanique. Dès lors passer sans payer cesse de poser une question morale pour devenir un problème purement technique. Quand la lutte contre le phénomène du passager clandestin abandonne le recours à la relation humaine on régresse du plan moral à celui de la simple débrouillardise. Rendre la fraude matériellement plus difficile est une solution de désespoir car on n’a plus l’espoir d’améliorer la situation par le sens civique. C’est pareil pour les ralentisseurs sur les routes, les radars etc… Quand la sécurité ne résulte plus de la simple adhésion de la majorité des citoyens à des règles de vie commune mais d’obstacles matériels par lesquels une autorité tutélaire limite les conséquences désagréables parce qu’elle a renoncé à promouvoir un comportement éthique, nous sommes dans une structure de péché. On traite les manifestations du mal sans aller à la cause. Or tout traitement symptomatique fait courir le risque d’une aggravation du mal à la racine.
Prenons un autre exemple celui de la corruption
La corruption fait système c’est en cela qu’elle n’est pas simplement un amas de péchés individuels, mais une véritable structure de péché
La corruption est devenue un élément du fonctionnement de nos institutions. Il ne faut pas avoir peur de dire que la corruption est fondatrice du régime républicain depuis Mirabeau et Danton
Commençons par les besoins de financement des formations politiques. Sous la IV° république et au début de la V° ils étaient modestes. Puis l’habitude est venue de mener des campagnes électorales s’inspirant des standards américains et de disposer de façon permanente de nombreux salariés de locaux de frais de déplacements, de représentations toujours plus onéreux. On espérait que des moyens toujours plus importants assureraient un avantage sur l’adversaire mais bien sûr c’est la surenchère qui s’est installée et il fallut très vite disposer de toujours plus ressources, ne serait-ce que pour ne pas se laisser distancer. Ainsi s’installe une dépendance mécanique. Je dis mécanique parce que il n’y a pas moyen de sortir de l’engrenage une fois celui-ci ayant été enclenché. Si l’on veut rester dans la course il faut recourir. La corruption conduit à extorquer de l’argent sous forme de fausses factures par exemple lors d’attribution de marchés : Michel Edouard Leclerc expliquait récemment comment les partis politiques se financent grâce au développement des grandes surfaces : « Pour ouvrir une grande surface il faut passer devant une commission dite d’urbanisme commercial composée de commerçants et d’élus, la seule façon est d’allonger la sauce c’est-à-dire en payant des études de marché surfacturées à des sociétés d’étude qui dépendant de la municipalité ou du parti politique du maire ou encore en acceptant de travailler avec des entreprises de travaux publics qui là encore vont surfacturer leurs travaux » Considérons la situation des entreprises qui versent des pots-de vin. Leur capacité de résistance aux sollicitations n’est pas nulle mais un refus coûte très cher. Renoncer à se plier aux exigences des élus exige un véritable héroïsme. Une telle situation est typique des structures de péché. Il n’est pas possible d’en sortir individuellement sauf à céder sa place à un autre qui aura moins de scrupule. Le caractère collectif, structurel se fait ici sentir.
Dernier exemple : le mensonge d’Etat ou la perversion officielle du rapport à la vérité.
Le mensonge dans la vie politique non comme nécessité pragmatique mais comme système. Je ne fais pas d’angélisme. Je sais bien que dans le domaine public, dans le domaine politique il n’ est pas possible de dire les choses crûment dans toute leur vérité car il y a la vertu de prudence qui nous invite aux nuances. Il y a donc des dissimulations, des mensonges opératoires qui peuvent être circonstanciés, motivés et provisoires. Mais je veux parler de bien autre chose : je veux parler du mensonge à prétention historique, scientifique qui se veut fondateur puisque là encore la Révolution a fondé ses bases sur la désinformation, la calomnie, la contre-vérité : je n’ai pas besoin de rappeler les accusations de tyrannie contre Louis XVI, accusation d’inceste lors du procès de Marie-Antoinette. Il y a aujourd’hui des techniques modernes du mensonge.
La première est la subversion du langage, l’instrumentalisation de la langue qui commença avec le siècle des Lumières en baptisant philosophes quelques penseurs mécréants et en se prétendants éclairés par on ne sait quelle obscure lumière si j’ose cet oxymore !
Je ne sais plus qui a dit qu’avant toute réforme, tout nouveau changement de régime il était urgent de faire un dictionnaire. Voilà une idée. Il importe de s’entendre sur les mots avant de s’atteler à un grand projet. Les gouvernements républicains successifs utilisent la langue comme outil de propagande et nous utilisons tous ce nouveau langage ; qui parle encore de grèves, d’infirmes de chômeurs ? On dit mouvements sociaux, personnes à mobilité réduite, demandeur d’emploi.
Le mot « gouvernance » a fait son entrée dans la novlangue pour désigner le nouveau mode de gouvernement par les technocrates faisant passer le terme de « gouvernement » pour une vieillerie étatique et dépassée.
Nous sommes bien dans le mensonge quand on nous parle de « crise ». La crise est une manifestation violente d’un état mais c’est un moment bref et limité. Ce mot de crise est un mot –écran qui cache la réalité. Nous ne vivons pas une crise mais un désordre chronique, permanent et structurel. Mais bien sûr le terme de crise fait croire que la situation va s’améliorer et cela contribue à calmer les frustrations. Autre exemple avec « l’Europe ». La fraude consiste à substituer un concept à un autre. L’Europe de Bruxelles, oligarchie technocratique n’a rien à voir avec la réalité géographique des nations européennes
La deuxième est l’essorage sémantique ou la méthode Coué c’est aussi le principe publicitaire qui s’appuie sur la répétition à outrance. N ‘êtes-vous pas gavés par les mots République, valeurs républicaine, citoyenneté ?
Il y a le mensonge des mots, il y a le mensonge des chiffres : maquillage des chiffres du chômage, maquillage honteux des données officielles des participants aux Manifs pour tous, trucage des chiffres de la délinquance, sondages biaisés…
Il y a le mensonge des images : Faites l’expérience : tapez « photos truquées » sur votre moteur de recherche ? Sur qui tombez-vous, quel est le champion du bidouillage ? BHL qui se prend pour André Malraux
Mensonges encore sous forme de travestissement de la vérité historique par les programmes scolaires et notamment en histoire qui devient une entreprise de démolition ; feuilletez un manuel d’histoire : ils donnent dans le meilleur des cas une vision globalisée du passé, étendu à l’ensemble de la planète en mélangeant l’Inde des Gupta, la Chine des han et la civilisation des dogons du mali. Ce qui pourrait peut-être se justifier si tout cela n’était fait au détriment de notre histoire nationale. Mais la plupart du temps l’éducation nationale fonctionne comme une machine à broyer la mémoire nationale en travestissant les 1500 ans de la France royale. Nous sommes donc toujours dans une structure de péché car la république finalement dresse des générations à non seulement méconnaître, mais surtout haïr leur propre héritage, entraînant ainsi une immense crise d’identité
Conclusion
La révolution a jeté un sortilège sur la France Un sortilège est un envoutement qui endort la conscience et place sous la coupe d’un pouvoir magique
Mais ce sortilège agit comme un inhibiteur car on a l’impression qu’il est difficile de le remettre en cause. Les structures de péché revêtent un aspect institutionnel, par le biais des de l’organisation républicaine une autorité qu’il est difficile de contester ; or toute autorité qui n’est pas confirmée par la Vérité ne doit pas nous intimider.
Heureusement un aspect réversible : Les structures de péchés ne sont pas indestructibles. Quelle que soit l’étendue des dégâts il est possible de travailler à inverser le mouvement les structures de péché poussent aujourd’hui comme des champignons ces derniers temps mais heureusement elles ont aussi leur fragilité car le mal est aussi vulnérable que le bien
Comme Soljenitsyne l’avait pressenti , la parole libre a ébranlé la muraille de Jéricho celle de la propagande et de la langue de bois. Si faible que soit sa voix dans un premier temps la vérité se révèle puissante à la longue capable de l’emporter sur le mensonge. La dynamique de la vérité peut être plus vigoureuse que celle de la tromperie pour peu que les hommes en nombre suffisant suivent sa trace. Ces hommes-là existent et nous sommes prêts!
ce texte est largement tributaire d’un livre de Jacques Bichot et Denis Lensel “les autoroutes du mal” qui présente avec une grande clarté la pensée de Jean-Paul II et le concept de structure de péché. J’y ai puisé certains développements mais le rapprochement politique entre régime républicain et structure de péché n’est pas imputable aux auteurs et relève d’une interprétation personnelle qui ne les engage évidemment pas