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En ce printemps 2249, la nature reverdit sur notre beau pays qui s’apprête à commémorer le deux cent trentième anniversaire de sa révolution. Revenons rapidement sur cette période trouble de notre histoire qui a vu choir la République, ce paradis social devenu un enfer selon la vision que nous en avons maintenant. Le mal s’est développé pendant un demi-siècle d’immobilisme, d’atermoiements, de renonciations, de velléités et d’abandons, pendant lequel l’économique a poussé au consumérisme, le numérique a remplacé l’homme, le politique a cédé la place à la communication pour imposer la pensée unique, universelle et multilatérale. Près de cinq décennies pendant lesquelles la société s’est désintégrée, la cellule familiale a été condamnée, le travail culpabilisé, l’autorité délaissée voire humiliée. Sous l’ancien régime le peuple n’est plus entendu, les plus humbles rejetés hors du cœur des grandes villes ne deviennent plus visibles, la parole publique est inaudible ; la classe dirigeante élue par des majorités se plie aux exigences des minorités actives et des divers groupes de pression. Le pays est au bord de la faillite, les dépenses publiques ne cessent d’augmenter, chaque problème est prétexte à un nouvel impôt avec ou sans lien avec ses causes, la pression fiscale devient insupportable. « L’élite » brandit le spectre de la fin du monde aux non-privilégiés trop soucieux du matériel et de leur fin de mois.

« Si le peuple n’a plus d’essence, qu’il se déplace à vélo», pense-t-on dans l’entourage gouvernemental ; et c’est la taxe de trop qui fait étincelle. La colère gronde, ce n’est plus une révolte mais une révolution, les manifestants s’emparent des points stratégiques, cassent les barrières de péages, occupent le centre des villes. Ils sont reconnaissables par la couleur jaune de leur gilet ; selon certains politiques, plus avisés dans ce domaine que dans celui de leur compétence, ce gilet recouvrait une chemise brune porteuse de peste. Les corps intermédiaires très affaiblis, le fossé se creuse avec le gouvernement qui reçoit les doléances sans les comprendre. L’ordre public n’étant plus assuré et la Bastille n’étant plus à prendre, les manifestants se rendent maîtres des monuments symboles de l’unité républicaine, de l’arbitraire ou de l’éphémère. Effrayés par l’importance des émeutes, les politiques se retournent, se divisent, s’isolent, le gouvernement et sa majorité se fissurent ; les « enfants de la République » élevés dans la rue, orphelins ou simplement égarés, se livrent à des scènes de pillage. La foule en délire réclame de nouvelles élections ; ceux qui prônent une sixième république s’effacent devant la très large majorité trop abusée par les cinq premières ; la République s’effondre. Un descendant d’Henri IV prêt à assumer la destinée de la France est appelé pour s’installer sur le trône. Le pays pacifié recouvre sa souveraineté, sa place dans l’Europe et dans le monde, et ce retour à la grandeur et à la sagesse mérite d’être célébré.

Philippe Nourrisson

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