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a France, terre des arts, des armes et des lois, est probablement l’un des pays qui produit le plus de normes, de règles et de réformes, aussi méconnues que limitées dans leur intérêt. Mais une profusion des réformettes n’a jamais conduit à une réforme en profondeur, stable et pérenne.

Paradoxalement, les Français, majoritaires lorsqu’il s’agit de demander des réformes, deviennent minoritaires lors de leur mise en œuvre.

Alors, si la France n’est pas réformable, l’idée est de la rendre transformable. Peu importe le verbiage, il convient surtout de s’interroger sur les raisons de la résistance aux changements qui bloquent toute velléité de réforme.

L’une des vertus capétiennes est de s’interdire l’idéologie. À l’inverse, nos politiques et divers responsables préfèrent se retrancher derrière le dogme ou s’enfermer dans un système d’idées qui n’a pas évolué depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Plus les idées sont fausses et plus elles ont la vie dure ; plus le dogme échoue, plus il se raidit et conduit à une obstination dans l’erreur. Toute idée novatrice, si elle peut être exprimée, est rejetée sans appel, dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans le périmètre de la pensée officielle. Il suffit de pénétrer dans les profondeurs de notre système d’enseignement ou dans les méandres du code du travail, pour s’en convaincre.

Une autre vertu capétienne est d’avancer tout en se ménageant des possibilités de recul, étant entendu que les avancées doivent quand même être beaucoup plus significatives que les replis stratégiques. Mais cela requiert du courage, pour rester droit face aux foules en délire : depuis le Général De Gaulle, ce n’est pas le courage qui a marqué le plus les mandatures successives. Et puis ceux qui portent les réformes, ainsi que leurs complices, peuvent en être aussi les victimes ; la tentation de privilégier les intérêts particuliers sur l’intérêt général est donc très forte. Le vote de la loi de moralisation n’aurait pas connu le même succès, sans un renouveau complet de l’Assemblée nationale.

Une réforme est destinée à améliorer l’existant, ou dans un deuxième sens à supprimer ce qui est obsolète ou nuisible ; ces connotations positives devraient rassurer. Pourtant les Français sont tellement méfiants que, dans le langage du communicant, il est préférable de transformer, c’est-à-dire rendre différent ou modifier la forme, que de réformer. C’est une autre formulation logomachique du « changement dans la continuité » dont les effets dans le passé n’ont pas été spectaculaires, au point que l’on s’en aperçoive.

Finalement les grandes réformes tant attendues se limitent souvent à des retouches qui font plaisir aux uns sans trop fâcher les autres, ou à des adaptations improvisées selon l’intensité du tapage de rue des minorités bruyantes, sans remise en cause des fondamentaux. Les lois El Khomri en sont une parfaite, mais bien lamentable illustration.

La gouvernance actuelle se positionne dans le pragmatisme au grand dam des idéologues. Il lui reste donc à faire preuve du courage nécessaire pour faire respecter l’expression majoritaire des urnes face à celle de la rue. Le changement devra s’accompagner de beaucoup de méthode pour aider les Français à sortir de leur sempiternel pessimisme et à rejeter les préjugés martelés comme des antiennes depuis des générations. La confiance sera consolidée moyennant un supplément de pédagogie et si les polémiques stériles sont rapidement reléguées.

L’enjeu est d’importance car la France ne peut pas continuer à se complaire dans sa médiocrité actuelle.

Le risque des extrêmes est très présent. Alors transformer ou réformer, ce qui importe, ce ne sont pas les termes , mais les résultats.

Philippe Nourrisson

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